L’aber Ildut

L’aber Ildut

La vallée de l’Idut et Guilers sur son plateau (en haut à droite), vus d’un HLM. La rivière disparait dans les trous successifs des carrières. Photo M. Glémarec.

Guilers est située sur un plateau qui culmine à 95 mètres d’altitude, et qui descend, à l’est, vers les vallées du Tridour et de la Penfeld et, au sud, vers la petite rivière naissante de l’Aber Ildut. Cet espace est en position dominante sur des vallées environnantes et les sources sont abondantes. L’eau et les eaux courantes ont donné naissance, tout au long de l’histoire, à des activités humaines.

L’Ildut, qui sert de limite avec Plouzané, est une petite rivière au milieu d’une grande vallée profonde de 60 mètres. Il y a 35 millions d’années, l’Aulne, L’Elorn et la Penfeld formaient un fleuve puissant qui descendait de montagnes hautes de 1 200m, les Monts d’Arrée, et se jetait au niveau de l’Aber Ildut actuel dans un grand fleuve qui occupait la Manche actuelle. Le climat, de type tropical, donnait des eaux abondantes qui charriaient des alluvions en masse. Un effondrement au niveau de la rade de Brest actuelle a détourné ces rivières qui se jettent maintenant dans le Goulet.

Depuis la Préhistoire, les populations ont extrait des sables de cette vallée et de la cassitérite, minerai composé essentiellement d’étain. Dans notre région, de 1500 à 700 avant J.C, l’âge dit du Bronze a vu se développer une belle civilisation. L’exploitation de l’étain par la Comiren a duré de 1960 à 1975, sur 7 km, et a creusé sept lacs. Actuellement, dans les carrières de Bodonou, la société Lafarge Granulats continue l’exploitation des alluvions de l’Ildut et produit 200 000 tonnes de sable par an, pour faire des bétons spéciaux. Le site sera progressivement remis en état après exploitation. C’est de cette zone humide que sort le petit ruisseau de l’Ildut.

On situe la source actuelle de l’Ildut au sud de la ferme de Kerverrien à Plouzané, à une altitude de 70 m, les sources naturelles se trouvant un peu plus à l’est ayant été détournées vers la Penfeld à la fin du XIXème siècle. Le fleuve s’écoule ensuite selon une ligne directrice sud-est/ nord-ouest avant de rejoindre la mer à Lanildut, 26 kilomètres plus loin.

Un fleuve puissant amputé…

Géographes et géologues ont montrés qu’en fait l’actuel Aber-Ildut ne représente plus que le cours inférieur, singulièrement appauvri, d’une grande rivière de jadis. Avant l’ouverture de la rade de Brest, voici plusieurs millions d’années, le vieil Aber-Ildut recevait en effet, par la Penfeld qui coulait alors du sud vers le nord, les eaux de l’Elorn et de l’Aulne. Ainsi s’interprètent non seulement la largeur surprenante de la vallée pour un si petit cours d’eau, mais aussi l’épaisseur inattendue de ses alluvions (jusqu’à 12 mètres, voir plus localement) et, surtout la présence , dans lesdits alluvions, de galets de roches inconnues dans le Léon, mais communes dans les monts d’Arrée et les Montagnes Noires : l’Aber-Ildut était alors un fleuve puissant, mieux sa partie maritime actuelle a été à plusieurs reprises, dans un lointain passé, beaucoup plus étendue, puisque les eaux marines s’insinuaient jusqu’au-delà de Bodonou. Ainsi les paysages, comme les hommes, ont une histoire, dont les archives ne se cachent pas dans les greniers poussiéreux, mais sous le tapis végétal des campagnes, où beaucoup de patience et d’ardeur sont indispensables pour les déchiffrer. [Pour plus de détails, se reporter à l’excellente étude de A. Le Guilcher et B. Hallégouet : « histoire d’une vallée des environs de Brest », in « étude sur la Bretagne et les Pays Celtiques, mélange offert à Y. Le Gallo, p. 135-144].

Texte de Louis Chauris –  CRBC : Cote G-00197-67

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